Une déclaration d''empreinte carbone au titre de l''article 7 du règlement européen sur les batteries n''est pas un chiffre que l''on consulte ou que l''on estime. C''est un résultat structuré, bâti à partir d''un ensemble de données précis et prescrit, et la difficulté réside rarement dans le calcul final. Elle réside dans le fait de rassembler — à la granularité exigée par les règles, à un niveau qu''un organisme notifié acceptera — des données que la plupart des organisations ne détiennent pas encore sous cette forme.
Les défis qui suivent ne sont pas des anecdotes hypothétiques. Chacun découle directement du texte du règlement (UE) 2023/1542, des règles de calcul du JRC ou du projet d''acte délégué. Ils sont prévisibles à partir des règles elles-mêmes, et c''est précisément pour cela qu''il vaut la peine de les anticiper dès maintenant.
Une remarque sur le calendrier d''abord, car elle compte. La date d''application de la déclaration est liée à l''entrée en vigueur de deux textes de droit dérivé : un acte délégué fixant la méthodologie et un acte d''exécution fixant le format de la déclaration. À la mi-2026, l''acte sur la méthodologie pour les véhicules électriques demeure à l''état de projet ; il n''a pas été adopté ni publié au Journal officiel. L''obligation formelle n''a donc pas encore commencé, et le règlement accorde environ douze mois à compter de l''adoption avant qu''elle ne s''applique. Le point n''est pas que l''échéance soit passée, mais que le travail de collecte de données décrit ci-dessous prend bien plus de douze mois : c''est donc la préparation qui est urgente, non la formalité.
L''empreinte est spécifique au site et au modèle
L''article 7, paragraphe 1, exige que la déclaration soit établie « pour chaque modèle de batterie par site de fabrication ». Les règles du JRC le confirment : un jeu de données spécifique à l''entreprise doit se rapporter à un modèle de batterie précis produit dans un site de production précis.
Cette seule exigence a une lourde conséquence pour la collecte de données. Le même modèle fabriqué sur deux sites nécessite deux études, car les intrants au niveau du site — avant tout le mix électrique, mais aussi les rendements de procédé — diffèrent. On ne peut pas mesurer un site et réutiliser le résultat pour un site jumeau fabriquant le produit identique. L''unité de travail est le couple modèle-site, et non le modèle. Pour un fabricant disposant de plusieurs lignes sur plusieurs sites, le nombre d''études distinctes se multiplie vite, et chacune exige ses propres données primaires.
On ne peut pas se rabattre sur des données par défaut pour les parties qui pèsent le plus
Pour le cœur de la batterie le plus émetteur — matériaux actifs, électrodes, production de cellules et assemblage des modules et batteries —, la méthodologie du JRC exige des données primaires spécifiques à l''entreprise. Les valeurs moyennes issues de bases de données ne sont pas autorisées pour ces procédés. Les jeux de données secondaires ne sont admis (et même obligatoires) que pour les procédés en amont de moindre importance.
C''est l''inverse de la manière dont fonctionne une bonne partie de la comptabilité carbone d''entreprise, où les moyennes de bases de données font l''essentiel du travail. Ici, les procédés qui dominent l''empreinte sont précisément ceux pour lesquels il faut mesurer et documenter des données d''activité réelles, au niveau du site. C''est là que se concentre l''effort de collecte, et il n''admet pas de raccourci.
Une grande partie des données se trouve chez des fournisseurs que vous ne contrôlez pas
Le périmètre du système couvre tout le cycle de vie hormis la phase d''utilisation : extraction et traitement des matières premières, fabrication, distribution et fin de vie. Une grande partie de cela — cobalt, lithium, nickel, graphite, production de précurseurs et de matériaux actifs — se situe en amont, chez des fournisseurs qui traitent souvent les données sous-jacentes comme commercialement sensibles.
Ce n''est pas une tension théorique. Une recherche indépendante financée par l''UE (l''analyse du CEPS réalisée dans le cadre du projet BATRAW d''Horizon Europe) a constaté, à partir d''entretiens avec l''industrie, que les préoccupations de confidentialité sont une raison majeure de l''hésitation des fournisseurs à partager les données d''empreinte carbone ; que, même lorsqu''ils partagent des chiffres, ils taisent parfois la manière dont ils les ont obtenus, ce qui complique la vérification ; et que les données arrivent souvent dans des unités incohérentes, ou reposent sur des hypothèses de fournisseur qui peuvent ne pas refléter la réalité.
Le règlement l''anticipe. La méthodologie prévoit qu''un tiers neutre agrège les données des fournisseurs en jeux conformes sans exposer les intrants bruts de chaque fournisseur à ses concurrents, tout en donnant à l''organisme notifié ce dont il a besoin pour vérifier. Pour la planification, l''essentiel est que les données fournisseur relèvent d''une négociation et d''un processus, et non d''un téléchargement — et qu''il vaut mieux s''y prendre tôt.
La méthodologie est prescrite, de sorte qu''un outil carbone générique ne suffit pas
Le calcul doit suivre la méthode européenne de l''empreinte environnementale de produit (PEF), avec une unité fonctionnelle fixe (un kWh de l''énergie totale fournie sur la durée de vie de la batterie), des limites de système fixes excluant la phase d''utilisation, la formule de l''empreinte circulaire pour le contenu recyclé et la fin de vie, et une méthode d''impact spécifique. Les règles relatives à l''électricité sont plus strictes que la pratique courante : le projet d''acte limite ce qui est comptabilisable au mix moyen national ou à la fourniture directement contractée et physiquement raccordée, et supprime le crédit pour l''excédent de production sur site.
L''implication est concrète. Une approche standard de comptabilité des gaz à effet de serre — aussi compétente soit-elle — ne produira pas une déclaration conforme, car les limites, les règles d''allocation, le traitement de l''électricité et l''unité fonctionnelle sont tous imposés. Les données doivent être collectées selon une structure conforme à ces exigences dès le départ. Les collecter d''abord et les remettre en forme ensuite revient souvent à les collecter deux fois.
C''est un chiffre vivant, pas un exercice ponctuel
L''empreinte est liée à une nomenclature précise et à un mix énergétique précis. Les règles traitent un changement matériel — un nouveau fournisseur, une cellule reformulée, une origine de matériau différente, une source d''énergie modifiée — comme produisant, en pratique, un nouveau modèle de batterie qui exige un nouveau calcul et une nouvelle déclaration. Le projet d''acte formule le déclencheur autour d''une variation des émissions au-delà d''un seuil fixé.
Ainsi, la tâche de collecte de données n''est pas un projet qui se referme. C''est un flux qui doit rester à jour et détecter quand les petits changements cumulés franchissent la ligne qui impose un recalcul. Une organisation qui traite la déclaration comme un livrable unique la verra périmée dès qu''un fournisseur changera.
Tout ce qui est collecté doit franchir la vérification
Le chiffre déclaré doit être vérifié par un organisme notifié avant de pouvoir accompagner la batterie ; il ne peut être autocertifié. La méthodologie exige une étude justificative détaillée et confidentielle contenant toutes les hypothèses de modélisation et les tableaux de collecte de données, avec évaluation sur site pour certaines parties.
Cela fixe le niveau que les données doivent atteindre dès le moment où elles sont rassemblées : non pas « suffisant pour estimer », mais « suffisant pour être audité ». La provenance, les unités, les hypothèses et les justifications doivent être consignées au fil de l''eau. Les lacunes et les hypothèses non documentées ne disparaissent pas : elles ressurgissent lors de la vérification, qui est le point le plus coûteux et le plus tardif pour les découvrir.
Et cela doit aboutir à des données structurées, non à un document
À compter du 18 February 2027, les informations d''empreinte carbone doivent être accessibles via l''enregistrement lié au code QR du passeport de la batterie, sous forme de données structurées et lisibles par machine, aux côtés du reste du contenu de l''Annex XIII. Jusque-là, la déclaration accompagne la batterie. Dans les deux cas, la destination est constituée de champs interrogeables dans un enregistrement pouvant être servi et transmis, et non d''un simple rapport.
La conséquence pour la planification est de structurer les données de sorte qu''elles puissent alimenter ces champs, plutôt que de résider dans un document qu''il faut ressaisir à la fin. Un flux de travail bâti autour d''un PDF final engendre du retravail ; un flux bâti autour de données structurées, non.
Le fil conducteur
Aucun de ces défis n''est exotique, et aucun n''est inventé. Chacun découle des règles : granularité par modèle et par site, données primaires obligatoires pour le cœur, données amont à négocier, méthodologie prescrite, recalcul lorsque les intrants changent, preuves de qualité auditable et destination structurée. Les organisations qui trouveront la déclaration la plus difficile seront celles qui la traitent comme un calcul à effectuer une fois l''acte paru. Celles qui la trouveront gérable auront traité la collecte de données comme une discipline à mettre en place en amont : rassemblée à la bonne granularité, face à la bonne méthode, tenue à jour et conçue pour être vérifiée et servie.
C''est là le vrai travail, et il peut commencer dès maintenant, quelle que soit la date à laquelle l''acte sera finalement adopté.
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